Je voudrais saisir l’occasion de la mort de Jean-Paul II pour que nous puissions réfléchir avec vous au rôle du pape dans l’Église et je veux le faire particulièrement avec vous les enfants.
Pour aller plus loin, pour mieux comprendre quel est son rôle, je voudrais que nous nous arrêtions sur deux de ses titres.
Le premier, c’est la manière habituelle de le désigner, on parle du « pape ». En italien cela donne « il papa ». Cela nous permet de comprendre tout de suite quel est la signification de ce titre. On l’appelle « le pape » parce qu’il est le père de la famille que nous formons, nous les catholiques. Avec cette comparaison du père de famille, nous pouvons donc dire que son 1er rôle est de veiller sur l’Église. Un père de famille, veille sur sa famille, le pape, lui veille sur l’Église. Comment Jean-Paul II a-t-il accompli cette mission ?
- Il a défendu les chrétiens qui étaient menacés, dont la vie était menacée ou au moins la foi. D’abord les chrétiens de son pays, mais plus largement tous les chrétiens des pays de l’Est qui vivaient une situation très difficile. Pour autant, il ne s’est pas contenté de défendre les chrétiens, il a voulu défendre tous les hommes dont la vie était menacée, on l’a d’ailleurs appelé « le pape des droits de l’homme ». Nous pouvons repenser au courage et au culot qu’il a eu à Haïti par exemple pour dire devant le dictateur Duvallier : « il faudra que les choses changent ici ! » Quand les Haïtiens ont compris qu’ils avaient le soutien du pape, ils ont trouvé l’énergie de renverser la dictature. Ils ont accueilli à nouveau la parole inaugurale de son pontificat : « N’ayez pas peur » et ils se sont lancés avec courage dans la lutte. Jean-Paul II a aussi défendu tous ceux que nos sociétés laissent tomber : les petits, les pauvres, les malades, les handicapés… Oui, il fut un vrai et un bon père de famille qui a veillé inlassablement sur cette famille qui lui avait été confiée.
- Un père de famille veille aussi à ce que chacun de ses enfants ne manque pas de l’essentiel pour vivre. Un père de famille ne laissera jamais mourir de faim ses enfants. Jean-Paul II a été ce père de famille qui n’a cessé de distribuer à ses enfants la nourriture spirituelle dont ils avaient besoin pour vivre. C’est pour nous, pour nous faire grandir, qu’il a tant écrit, parlé, enseigné, prié, célébré. Il a voulu donner le meilleur de lui-même pour assurer notre croissance spirituelle. Nous ne pouvons encore pas mesurer tout ce que cela représente, dans quelques années, quand nous aurons le recul nécessaire, nous nous rendrons un peu mieux compte de la portée de tout ce qu’il a fait et dit.
- Un père de famille veut aussi donner de bons modèles à ses enfants. Il veille sur les fréquentations de ses enfants afin qu’ils ne quittent pas le chemin de la vie et du bonheur. C’est pour nous donner ces bons modèles que Jean-Paul II a accompli autant de canonisations. Il a déclaré saints des évêques, des prêtres, des religieux, religieuses, des laïcs, des savants, des simples, des jeunes, des vieux : avec une telle diversité, il était sûr que chacun pourrait trouver un modèle qui lui parle. Avec une telle profusion, il voulait aussi que chacun comprenne qu’il était appelé à la sainteté car tous les chemins peuvent y conduire.
- Enfin et j’aurais dû commencer par là, un père de famille, sa 1re mission, c’est d’aimer son épouse, la mère de famille. Jean-Paul II a aimé l’Église qui est notre mère à tous. On pourrait dire de lui ce que Paul disait du Christ : il l’a aimée et s’est livrée pour elle. C’est pour cela qu’il est allé jusqu’au bout. Un père de famille ne dit pas un jour à sa femme : « je suis fatigué, je ne peux plus t’aimer, il faut que je me repose ! »
Le deuxième titre que vous les enfants, vous connaissez moins, c’est le titre de Pontife. Dans ce titre, il y a un mot très connu, c’est le mot « pont ». Nous les hommes, nous construisons souvent des murs qui nous protègent de ceux qui sont différents et qui nous font peur, des murs qui nous permettent de rester entre personnes qui pensent de la même manière. Le pape, lui, a construit des ponts.
- C’est pour cela qu’il a tant voyagé. Il a voulu construire des ponts entre les Églises. Ses voyages nous ont permis de comprendre que nous, les français, nous n’étions pas les seuls dans l’Église. Il nous a obligés à élargir nos horizons, à découvrir d’autres manières de faire, de penser, de célébrer.
- Mais il n’a pas fait des ponts qu’entre les catholiques, il a aussi fait des ponts avec les autres religions. On peut se rappeler cette rencontre étonnante dans un stade plein de jeunes au Maroc, cette visite en Israël ou à la synagogue de Rome. Il y a eu aussi tous ces dialogues avec les protestants, les orthodoxes. Et comment passer sous silence l’étonnante rencontre d’Assise à laquelle il avait convié tous les chefs religieux du monde proposant que chacun puisse dans sa propre tradition prier pour que la paix advienne.
- Et il ne s’est pas contenté de faire des ponts entre les croyants, il a voulu faire des ponts entre tous les hommes. C’est pour cela qu’il s’est engagé vigoureusement à chaque fois qu’un conflit menaçait d’éclater. Il a toujours condamné les guerres. Il a reçu jour après jour ceux qu’on appelle « les grands de ce monde », c’est à dire les dirigeants des États pour les convaincre de mieux vivre et faire vivre dans le partage, la fraternité, la justice et la paix.
Alors que va-t-il se passer maintenant ? Nous allons d’abord vivre tous unis dans la foi et l’espérance le moment de ses funérailles. Puis les cardinaux vont se réunir pour élire son successeur. Ils vont être enfermés avec rien à leur disposition pour qu’ils n’aient qu’une préoccupation : prier. Car il ne s’agit pas pour eux de désigner celui qu’ils voudraient voir succéder à Jean-Paul II mais celui que Dieu veut donner à son Église. Qui est-ce que ça pourrait être ? Un journaliste a dit fort justement qu’il est plus facile de pronostiquer le quinté dans l’ordre que le nom du successeur de Jean-Paul II ! Ce dont je suis sûr, c’est qu’il sera pape, c’est à dire qu’il veillera comme un père sur l’Église qui lui sera confiée et qu’il sera pontife, c’est à dire qu’il sera un inlassable bâtisseur de ponts.
Curé d’Ambérieu et aumônier d’Ephata